Le carnet
Les 4, 5 et 6 septembre 2026, le stade Charléty accueille à Paris la Coupe du Monde de football de table. Pas le baby-foot. Pas le jeu vidéo. Ce sport où l’on fait avancer de petites figurines d’une chiquenaude sur un tapis vert, et qui se joue en compétition officielle depuis les années 1950.
Il y a de bonnes chances que vous n’en ayez jamais entendu parler. Et ce n’est pas complètement votre faute : en France, ce sport souffre d’un problème que les autres pays n’ont pas. Il n’a pas de nom.
Essayez : tapez « football de table » dans un moteur de recherche. Vous obtiendrez un mélange de baby-foot, de tables de jeu, et une bonne moitié de résultats en anglais. Tapez « baby-foot » et vous n’aurez que des barres et des poignées, c’est-à-dire un tout autre jeu.
Ailleurs, le mot existe et ne prête à aucune confusion. En Espagne, on dit chapas — des capsules de bouteille aplaties. Au Brésil, futebol de botão — le football de bouton. En Allemagne, Tipp-Kick. En Italie, calcio da tavolo, soigneusement distingué du *calcio balilla* qui est le baby-foot. Chacun de ces pays a un mot que tout le monde comprend.
Le français, lui, a hérité d’une marque — Subbuteo — et d’une traduction administrative, « football de table ». La marque n’est plus éditée en France. La traduction ne dit rien à personne. Résultat : un sport structuré et vivant, invisible dans sa propre langue.
Une figurine peinte montée sur un socle lesté. On la propulse d’une chiquenaude de l’ongle — index ou majeur — pour qu’elle vienne frapper la balle. Trois interdits fondamentaux : on ne touche jamais la balle avec la main, on ne s’appuie pas sur le pouce pour armer le doigt, et on ne touche pas le haut de la figurine, seulement le socle.
Les joueurs alternent leurs tirs. Un match se joue en deux mi-temps de quinze minutes sur un tapis, avec onze figurines par équipe dont un gardien. Le reste — hors-jeu, corners, coups francs — reprend le football réel d’assez près pour que personne ne soit dépaysé.
Ce qui surprend quand on regarde jouer des licenciés, c’est la lenteur. Ce n’est pas un jeu de réflexes : c’est un jeu de placement. On ne joue pas le coup en cours, on joue les trois suivants.
Le Subbuteo a connu un vrai succès en France dans les années 1970 et 1980. Assez pour que naissent des clubs, puis une fédération. Puis les consoles sont arrivées, la marque a cessé d’être distribuée ici, et le grand public est passé à autre chose.
Mais les clubs, eux, ne se sont pas arrêtés. Ils ont continué à organiser des compétitions pendant que le reste du pays oubliait jusqu’au nom du jeu. C’est une constante dans tous les pays qui ont connu ce jeu : le grand public s’en va, le noyau reste.
Le sport est encadré en France par la 3FTS, la Fédération Française de Football de Table Sport, affiliée à la FISTF, l’instance internationale. Elle organise des championnats, une Coupe de France et des compétitions interclubs.
Le format interclubs mérite un mot, parce qu’il est particulier : les équipes sont composées de quatre joueurs, et les quatre matchs individuels se disputent simultanément, le résultat d’ensemble décidant de la rencontre. On joue seul et on gagne à quatre.
C’est donc dans ce contexte que la Coupe du Monde s’installe à Paris, au stade Charléty, du 4 au 6 septembre 2026. Pour un sport qui n’a pas de nom grand public en français, jouer son championnat mondial dans une enceinte parisienne connue est une occasion qui ne se représentera pas de sitôt.
Si le sujet vous intrigue, c’est le meilleur moment pour aller voir à quoi ressemble une table de compétition. On y découvre surtout une chose : le silence. Rien à voir avec le bruit d’une salle de baby-foot.
Ce qui rend cette histoire intéressante dépasse la France. Entre 1923 et 1946, plusieurs pays ont inventé séparément à peu près le même jeu : réduire le football jusqu’à ce qu’il tienne sur une table, et laisser un doigt donner le coup de pied.
Aucun de ces pays ne savait ce que faisaient les autres. Ils sont pourtant arrivés à la même idée, avec des pièces différentes — et ce sont ces pièces qui changent tout, parce qu’une capsule glisse, un disque roule et une figurine sur socle bascule.
Non, et c’est la confusion la plus fréquente en français. Le baby-foot se joue avec des barres et des poignées. Le football de table se joue à la chiquenaude, avec des figurines libres sur un tapis.
Pas pour jouer chez soi. Pour les compétitions régionales et la Coupe de France, une licence loisir de la 3FTS suffit.
Deux mi-temps de quinze minutes en compétition.
La marque n’est plus éditée en France, mais le matériel de compétition existe toujours et les clubs restent le point d’entrée le plus simple.
Si l’envie vous prend d’essayer avant de pousser la porte d’un club, Toy Soccer Cup appartient à cette famille : jeu au tour par tour, figurines sur socle, et une physique qui respecte l’angle et la force de chaque coup. C’est gratuit dans le navigateur, sans rien à installer.
Mais si vous êtes à Paris début septembre, faites plutôt le déplacement. Un tapis de compétition en vrai, avec le silence autour, ça ne se remplace pas.
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